La vie des matériaux

par Andréanne Leboeuf
aleboeuf@aquam.com

    Bien que les équipements aquatiques soient adaptés aux particularités de l’environnement humide des piscines, les réactions des matériaux avec le milieu peuvent nous laisser perplexes. Suite au nombre d’appel et de questions que nous recevons sur ce sujet pertinent, nous avons rédigé cet article afin d’y faire la lumière.

    Tous les matériaux sont sujets à une dégradation. Les métaux, à l’exception des métaux nobles (or et platine), se dégradent par oxydation. Les chaînes moléculaires des plastiques se brisent causant le durcissement ou le fendillement de ceux-ci. Les matériaux stables comme les céramiques et certaines résines sont sensibles aux coups ou sont difficiles à mettre en forme. Malheureusement, rien n’est ni parfait ni éternel, il s’agit de choisir judicieusement les matériaux mais aussi et surtout de les entretenir adéquatement.

L’ACIER INOXYDABLE

    Les aciers inoxydables sont des alliages à base de fer dont la principale propriété est la résistance à la corrosion. Toutefois, bien qu’on les qualifie d’inoxydables, ces aciers ne sont pas exempts d’une possibilité de corrosion. Le chrome est l’élément essentiel qui, à des teneurs supérieures à 12%, rend l’acier résistant à la corrosion en permettant la formation d’un film passif d’oxyde de chrome à sa surface.

    Les phénomènes de corrosion des métaux sont surtout de nature électrochimique. Lorsque le métal est plongé dans une solution de type électrolyte (eau de mer, eau de piscine), toute hétérogénéité, égratignure ou autre contamination du métal donne lieu à un couple électrochimique, un courant électrique se forme et provoque une corrosion du métal. Ce phénomène est nommé corrosion galvanique.

    Avec le temps une couche d’oxyde de chrome se forme sur la surface de l’acier inoxydable coupant ainsi le contact entre l’acier inoxydable et son milieu. Plus l’acier est poli, plus la couche d’oxyde sera uniforme. Lorsque cette couche protectrice est bien formée, on dit du métal qu’il est passivé, c'est-à-dire que sa surface n’interagit plus de manière active avec le milieu. Par conséquent, un équipement en inox neuf dont la couche d’oxyde de chrome n’est pas formée aura davantage tendance à rouiller. Il est ainsi primordial d’entretenir adéquatement les équipements neufs afin d’éviter la formation de piqûres de rouille qui compromettent la surface d’oxyde de chrome et qui atteignent plus en profondeur le métal si on les laisse croître.

    En général, les piqûres de rouille s’amorcent sur les défauts de surface ou sur des défauts d’homogénéité du métal ou finalement par l’oxydation d’une poussière métallique en surface. Lorsqu’une piqûre survient, le métal est localement dépassivé. À cet endroit précis, un petit effet de pile se produit et l’excès d’ions empêche la repassivation de cet endroit, par conséquent la piqûre de rouille croît. Chacun des points de rouille non nettoyés dès les premiers signes est susceptible par la suite de devenir récurrent par l’accumulation d’ions au fond de la piqûre qui catalyse la réaction de corrosion.

    Afin d’éviter les problèmes récurrents surtout au début, il est important de nettoyer fréquemment l’inox. Si vous avez omis de le faire et que vous avez maintenant des problèmes récurrents de corrosion, une cire de voiture appliquée à l’occasion aux endroits que l’on ne touche pas avec les mains peut aider à remplacer la couche d’oxyde et limiter les problèmes de corrosion. Afin d’éviter de contaminer votre acier inoxydable lors de l’entretien (ce qui provoquera inévitablement des piqûres de rouille), il est primordial de NE PAS utiliser de tampon ou de brosse de métal. Un tampon de plastique de type « scotch brite » ainsi que de l’eau claire et du savon doux feront l’affaire. Lorsqu’un nettoyage plus important est à faire, il existe en quincaillerie nombre de produits qui vous permettent de retrouver le lustre. Toutefois, ces produits doivent être utilisés avec parcimonie et uniquement lorsque la surface est attaquée de manière sérieuse.

L’ALUMINIUM

    Tout comme le fer qui se corrode en oxyde de fer (rouille), l’aluminium se corrode en oxyde d’aluminium. Habituellement, cet oxyde forme une couche de surface protectrice. Toutefois, l’aluminium, tout comme l’acier inoxydable, est sujet aux piqûres de corrosion et à certains milieux corrosifs. Ainsi, on remarque la formation de points et plaques d’oxyde blanchâtre sur l’aluminium utilisé en piscine pouvant aller jusqu’à la corrosion généralisée. En piscine, l’aluminium est surtout utilisé sous forme d’alliage de fonderie peint (exemple : support de l’axe de rebond et pieds de tremplin). L’aluminium ne doit pas être mis en contact métal-métal avec de l’inox car l’aluminium sera corrodé au profit de l’inox (tous les contacts métal-métal de type différent devraient être évités).

LA FIBRE DE VERRE

    La fibre de verre est un matériau très stable, il n’est que très peu atteint pas les intempéries ou les milieux difficiles comme les piscines. Elle est toutefois sensible aux chocs et aux contraintes. Après un choc, des éclats peuvent rendre tranchant les arrêtes. Il est ainsi primordial de vérifier l’état de la fibre de verre fréquemment. Pour des accrocs mineurs, des ensembles de réparation sont disponibles pour faire l’entretien vous-mêmes, pour des dommages plus importants, un professionnel pourra faire une restauration. Finalement, si votre glissoire manque de lustre, un cirage de voiture le lui redonnera.

LES AUTRES PLASTIQUES

    Les plastiques en général sont sensibles aux rayons ultra-violets et à certains agents chimiques, il est donc important de ne pas les exposer au soleil inutilement. De plus, surtout sur les glissoires, assurez-vous de maintenir les boulons bien serrés afin de minimiser les contraintes inutiles qui feraient craquer le plastique.

    Le mot d’ordre afin de vous assurer de maximiser la durée de vie de vos équipements et éviter les soucis est donc d’être vigilant! Procédez à une inspection régulière afin de déceler les problèmes dès leur apparition et effectuez l’entretien requis. Si toutefois les problèmes persistent, contactez votre fournisseur qui sera sûrement en mesure de vous guider.


BAÏLON, J-P, DORLOT, J-M, Des Matériaux, Presses internationales Polytechnique, Montréal 2000
BÉNARD, J, Oxydation des métaux, Gauthier-Villars, Paris 1962
FONTANA, MG, Corrosion Engineering, MCGRAW-Hill book Co., New York, 1967
Corrosion 5e édition, vol. 13 de ASM Handbook, éd. ASM International (American Society for Materials), 1996
Corrosion et chimie de surfaces des métaux, D. Landolt, vol. 12 de Traité des matériaux, éd. Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 1993
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